jeudi 7 février 2008
Sweeney Todd, le diabolique barbier de Fleet Street
Par Mik'O, jeudi 7 février 2008 à 12:44 :: Critiques de Films
Réalisation : Tim Burton
Musiques : Stephen Sondheim
Casting :
Sweeny Todd : Johnny Depp
Madame Lovett : Helena Bohman Carter
Juge Turpin : Alan rickman
Bailli Bamford : Timothy Spall
Adolpho Pirelli : Sacha Baron Cohen
Anthony Hope : Jamie Campbell Bower
Lucy : Laura Michelle Kelly
Johanna : Jayne Wiesner
Toby : Ed Sanders
Bande annonce de Sweeney Todd
Synopsis
Benjamin Barker était un londonien comblé. Époux d'une magnifique femme et père d'une adorable fille, ce barbier de génie avait tout pour mener une vie de rêve. Hélas, c'était sans compter le machiavélisme du Juge Turpin. Afin de voler les faveurs de Mme Barker il envoya Benjamin au bagne. Quinze ans plus tard, c'est un homme torturé et en quête de vengeance qui foule de nouveau le sol de Londres. Sous le pseudonyme de Sweeny Todd, Barker compte bien faire payer à Turpin le prix fort pour sa cruauté. Et pour cela, il va faire appel à ses plus fidèles amis : ses rasoirs !
La comédie musicale selon Tim Burton
Tout d'abord, sachez que si vous décidez d'aller voir Sweeney Todd au cinéma, c'est à une comédie musicale que vous allez assister. Rassurez-vous, nous sommes loin de Grease ou plus récemment de HighSchool Musical. A l'origine, Sweeny Todd avait été monté pour les théâtres par Stephen Sondheim. Le temps d'un film, Tim Burton a donc préféré le compositeur original à son fidèle Dany Elfman. Que les fans se rassurent, le duo fonctionne parfaitement bien. Côté performance vocale, on saluera la qualité des interprétations de Helena Bohamn Carter et de Johnny Depp. Toutefois, on remercie Sondheim d'avoir limité les interventions de Rickman (le juge Turpin) et de Spall (le bailli Bamford), dont les prestations sont à la limite du supportable pour nos pauvres petits tympans. Afin d'apprécier au mieux les musiques, l'ensemble des scènes chantées est en VOSTFR et les séquences parlées sont doublées. Dommage que les sous-titres s'efforcent de conserver les rythmes et les rimes des phrases. Du coup, on perd la nuance et la finesse des propos tenus.
Après quelques minutes dans ce Londres noir et poisseux, on retrouve tout le génie de Tim Burton. Entre un Johnny Depp dont le personnage fait penser à un Edward Sissorhand psychotique, une Helena Bohman Carter toujours aussi cinglée que dans ses rôles précédents (Lestranges dans Harry Potter ou Marla dans Fight Club), et un Sasha Baron Cohen (Ali G, Borat...) encore plus méprisable que jamais, la galerie de portraits est totalement déjantée, mais surtout admirablement interprétée. Chaque héros du film possède une personnalité double, qui, peu à peu se révèle. À l'image de Madame Lovett, que l'on prend de prime à bord comme une miséreuse pas très futée, ou le soi-disant rital Pirelli, les personnages évoluent, mûrissent, régressent, donnant un véritable sens à cette histoire. Sweeney Todd est certes sanglant, mais la maestria des acteurs, les décors splendides d'un Londres crasseux et la qualité du scénario en font un film incontournable. Un gros travail en post-prod donne d'ailleurs une image ternie, un peu comme si Londres ne voyait jamais le soleil. Pour amplifier ce côté glauque, certaines séquences de Flash back ont été volontairement saturées au niveau des couleurs !
En ce bas monde, tout a un prix
Tim Burton, on le sait, aime les contes morbides et les atmosphères oppressantes. On citera entre autres Batman, Edouad Aux Mains d'Argent, L'étrange Noël de Monsieur Jack ou encore Les Noces Funèbres. Mais à force, on a du mal à se détacher des anciens héros. Sans critiquer les performances des acteurs, on a du mal à prendre les personnages en tant que tels. Johnny Depp interprète un Sweeney Tod qui fait largement penser à Édouard et ses ciseaux, surtout lorsqu'il tend sa main, rasoir au point, et lance « Now, my arm is complete ». Dans le même ordre d'idée, on a du mal à dissocier Madam Lovett, de la mariée défunte des noces funèbres, dont Helena Bohman Carter était également modèle et doubleuse. Bref, le film ne nous dépayse pas autant qu'on l'aurait souhaité, dans la mesure où les héros ont un goût de déjà vu.
Mais la grosse différence avec les autres films, c'est le côté réaliste des scènes de meurtre. Oui car, Sweeney Todd, c'est loin d'être un film gentillet. Burton et Sondheim ont composé un véritable requiem, qui clôt avec horreur les destins de ces héros. Évitant de sombrer dans le gore, la mort est banalisée, le manque de remord évident. Complètement immoral dans toute sa durée, le film parvient pourtant à nous toucher. Comment ne pas se mettre à la place de ce pauvre Barker et ne pas cautionner ses actes ? Comment ne pas avoir une once de remord pour la miséreuse Madame Lovet ? Mais qui sème le vent récolte la tempête ! Si Todd parvient à expier une partie de ses fautes en se reconstituant une famille d'adoption, avec sa charmante voisine et un gamin pris sous leur aile, il sera rattrapé par ses pêchés. Comme une mécanique huilée à l'hémoglobine, le destin des protagonistes est irrémédiablement scellé. Mais jusqu'au feu d'artifice macabre qui clôt le film, Sweeney Todd ne cessera de vous surprend, et ne vous laissera pas sur votre fin... À moins que vous ne gouttiez à une tourte de Madame Lovett.